Réguler le système nerveux, exemple de pratiques corporelles

Pour amener le système nerveux des personnes que j’accompagne à se réguler, j’utilise plusieurs voies qui ne sont pas tant liées à des pratiques mais plutôt à des états d’être ou de conscience.

En m’appuyant sur le dernier cours donné aux abonnées de Corps Intimes, je vais vous transmettre ce qui me semble important d’avoir à l’esprit quand on veut réguler son système nerveux.


Déjà, je vais mentionner que je m’appuie largement sur la théorie polyvagale après des années à avoir vu le système nerveux comme un système binaire « éveil / veille ».

Si je simplifie, car l’objet de cet article n’est pas de faire un cours sur le fonctionnement polyvagal, il y a 3 possibilités d’être, au lieu de 2.


Un état dit « d’interaction sociale » où notre système nerveux est globalement à l’état d’équilibre, qui nous permet de nous sentir en sécurité et en lien.

Un état dit « de choc » où la personne se retrouve en apathie complète. Au niveau musculaire, ça se traduit par un état non tonique, mou. C’est un état de sidération face à un danger trop grand.

Un état d’extrême vigilance où on pourrait considérer que la personne est comme suractivée. Le tonus musculaire est très fort. C’est souvent l’état qu’on associe à une réponse au stress.


Ce que j’en retire pour mon enseignement est que si je veux aider les participant.e.s à revenir à l’état d’équilibre, j’ai deux priorités : les ramener à une sensation de sécurité intérieure et retrouver un état tonique musculaire équilibré.



Voilà le cours que j’ai créé mercredi dernier (j’en ai plein d’autres, mais je vais en prendre un pour l’exemple).


La première exploration était de la respiration associée à un scan corporel. Mon intention est qu’elles s’ancrent dans leurs corps avant de continuer le cours. Une respiration contrôlée, lente et prolongée, agit sur le système nerveux et permet de ramener facilement le focus sur les sensations corporelles.

Je les invite à comme réintégrer leurs corps. Quitter le mental pour se mettre à l’écoute des sensations est un excellent chemin pour développer la sensation de sécurité intérieure. Revenir à sa propre matière, au tangible, ramène à l’ici et maintenant et fait quitter le monde du mental qui navigue beaucoup entre passé et futur et génère anxiété et stress d’anticipation.


La seconde exploration était sur le thème de la lenteur et de la fluidité. Je leur ai proposé une succession de mouvements pour bouger le corps avec notamment des enroulements de colonne et aussi des mouvements de bras.

Sur cette exploration, deux points intéressants. Se mouvoir de façon lente et fluide (c’est-à-dire sans à-coups) demande justement à notre tonus musculaire d’être équilibré et s’il ne l’est pas, avec la répétition des mouvements, on va tendre vers cette harmonie qui est le signe de l’état d’interaction sociale qu’on cherche.

Le deuxième point est qu’encore une fois, la concentration sur le mouvement et sur la musique volontairement lente, demande d’être à l’écoute de ses sensations et de quitter le mental.


La troisième exploration consistait en un automassage sur les jambes. L’idée était de venir exercer des compressions-décompressions avec nos 2 mains sur les jambes.

En faisant ça, on redonne la sensation de contours du corps et on explore encore une fois la notion de sécurité intérieure. L’utilisation des compressions s’apparente à l’emmaillotage des nourrissons qu’on utilise justement pour les rassurer. Il y a certaines personnes pour qui les compressions ne sont pas ok dû à des expériences passées qui ont pu être traumatiques. Dans ce cas, ne pas insister avec cette technique, il y en a d’autres.

Masser le corps ainsi vient aussi apaiser les terminaisons nerveuses plus superficielles lorsqu’elles sont suractives ou au contraire les réveiller si on est plutôt dans un état d’apathie.


La dernière exploration de ce cours s’est faite au sol. J’ai demandé aux participantes d’alterner entre abandonner leurs poids au sol en roulant sur leurs dos et côtés et se relever en position assise de la manière la plus fluide possible.

L’idée ici est d’alterner entre relâchement du tonus musculaire avec l’abandon du poids sur le sol et activation de ce tonus musculaire pour se redresser et venir assise.

Croyez-moi, en faisant cette expérience on sent très rapidement si on est plutôt en état d’atonie musculaire (il est très difficile de se relever du sol) ou si on est en état d’hypervigilance (il est très difficile de se sentir peser lourdement dans le sol).

Néanmoins, avec la pratique et la répétition du mouvement, petit à petit l’équilibre se fait.



Mon partage a pour intention de vous montrer que ce n’est pas la technique utilisée (yoga, breathwork, danse, méditation etc) qui permet le rééquilibrage du système nerveux.

Ce sont plutôt les notions plus subtiles que l’enseignant amène. Personnellement, j’ai pu faire des années de yoga sans que jamais mon système qui était en hypervigilance ne s’apaise.

Et je ne blâme pas du tout ces techniques, au contraire, tout ce qui ramène dans le corps est à mon sens digne d’intérêt et d’exploration.


Par contre, en ayant conscience de ces différents états, il est possible d’amener de la subtilité dans nos enseignements et nos pratiques pour qu’en plus de bouger notre corps, celles-ci agissent sur l’harmonie de notre système nerveux et donc notre santé.